ce qui reste
Dans le cadre de mon travail je suis régulièrement amenée à me former sur la question des violences faites aux enfants. Lors d’une conférence à l’école des Hautes Études en Santé Publique de Rennes consacrée à ces violences, une médecin pédiatre du CHU de Nantes nous montre des photographies médicales : des traces de coups sur des corps anonymes d’enfants.
Ce qui m’a frappée n’est pas la violence des images, mais la simplicité des formes : lignes, cercles, taches, marques élémentaires, presque abstraites.
Ces formes pourraient appartenir à n’importe quelle surface : un mur fissuré, un sol marqué, un tissu froissé. Mais sur la peau d’un enfant elles deviennent les signes visibles d’une violence.
La série opère un déplacement : les formes quittent le corps et réapparaissent ailleurs, dans la matière, les paysages, les surfaces. Elles y persistent sous d’autres états. Ce qui relève de l’ordinaire, fissures, taches, lignes, se charge alors d’une autre lecture. Une mémoire s’y dépose.
La violence n’apparaît pas directement. Elle persiste dans ces formes, dans leur répétition, dans leur retour.
La série se situe dans cet écart, entre ce que nous voyons et ce que nous reconnaissons sans vouloir le nommer.












